Il y a vingt ans aujourd’hui, alors que les Grosses Têtes de Philippe Bouvard sur RTL
rendaient l’antenne, une petite tête brune et chevelue s’ouvrait à la vie.
Le 10 septembre 1991, tu arrivais donc sur terre en tenue…
d’Adam.
A un jour près, tu serais né un 11 septembre : on t’aurait sans
doute accusé d’attentat…à la pudeur.
Quand on pense que deux décennies plus tard, tu verbaliserais sans
vergogne un tel accoutrement.
Un garçon nous était annoncé. Pourtant, le doute s’était emparé de ta maman et ton papa à la lecture de ton prénom sur le berceau. Il contenait ce petit quelque chose en plus qui inclinait à penser que tu avais un petit quelque chose en
moins : Morgan avec un E.
Autant dire que sur un malentendu, tu eus fait une entrée rapide et
fracassante dans le monde des travestis.
Agé de seulement quelques années, tu avais connu un
souci de santé qui t’avait soudainement projeté dans l’univers des vieux.
Un problème de fémur… déjà… qui t’avait contraint à l’utilisation
d’une chaise roulante que les vieux tendent à délaisser au profit de déambulateurs : une manière pour eux de ressembler à des cadres dynamiques.
Une grosse intervention t’avait donc immobilisé et après une greffe du
fémur douloureuse, tu avais retrouvé un parfait usage de tes membres inférieurs.
Cette mésaventure ne t’avait pas empêché de commencer très tôt la
pratique du sport dont tu es devenu passionné.
Tu avais commencé par le judo, poursuivi par le foot ; ensuite tu
t’étais inscrit au rugby comme sport d’essai encore… avant une ultime transformation de tes aspirations en optant pour l’athlétisme.
Depuis que l’activité
sportive était devenue ton hobby et celui de ton frère Clément, je dois avouer que je n’avais jamais autant fréquenté les terrains de sport…précisément la ligne de touche…
Une sorte d’ironie de l’Histoire. Songez.
Quand j’étais au lycée, ma présence aux cours de gymnastique avait
surtout un caractère fantomatique et ma venue épisodique constituait un événement que soulignait mon prof devant une classe hilare.
Après cette petite sortie de piste, revenons à cette pratique solitaire
que tu as fait tienne : l’athlétisme.
Dans ce domaine, tu as
particulièrement brillé et tes succès ont d’ailleurs donné lieu à des articles de presse élogieux à ton égard.
Il t’est souvent arrivé de gravir les plus hautes marches du podium.
Citons, la finale du championnat de France scolaire où tu as obtenu la médaille de Bronze.
Tu arrivais souvent sur la ligne d’arrivée, en tête. Dans la vie
quotidienne, tu es toujours le premier aussi… mais il faut prendre la liste à l’envers.
Même quand tu es prêt… tu es loin…d’être prêt. Pire qu’une femme et
franchement on ne résisterait pas au plaisir de rajouter un E à ton prénom.
J’évoquerai une petite anecdote concernant un départ d’une course.
Tout le monde était dans les starting block. Tout le monde…sauf Morgan. Une voix sonorisée annonçait un départ imminent. Et Morgan tentait
difficilement, dans la précipitation et la panique, d’enlever son pantalon pour enfiler son short.
Une amorce de pseudo streap tease qui
t’avait valu les sourires de quelques mamies en mal de grand frisson.
Tu as couru, tu as couru.
Je me suis toujours demandé après quoi tu courais.
Lorsqu’on l’on court il n’y a qu’un pas pour évoquer une autre
activité : courir…. après les filles.
Assez tôt tout de même, tu t’es mis sur l’ouvrage.
Tu as été plutôt du genre discret contrairement à ton frère Clément dont
j’avais malgré moi découvert un message laissé sur sa session d’ordinateur restée ouverte et adressé à sa copine du moment :
tu
me manq grave ma chérie suis trop refait q'on se soit galocher plusieurs fois bisous
jtm
C’était Les mots doux de Clément en date du
2 nov 2007 à 22 h 49.
Morgan, tu as fait montre d’une certaine stabilité en
la matière. Par moment je me suis demandé si tu n’avais pas instauré des CDD avec licenciement amiable. A moins que la survivance de pratiques rugbystiques t’ait conduit à les
plaquer les unes après les autres.
Ta relation avec l’une de tes conquêtes laissait présager par certains
côtés ton goût pour l’ordre.
Evocation d’une scène en guise
d’illustration :
Toi face au miroir et au lavabo, t’adressant à elle et tendant le bras en
sa direction sans même te retourner :
-Brosse à dents
-Dentifrice
Tu as un goût prononcé pour l’ordre – pour le désordre aussi – ainsi que
pour le déguisement.
A près de 19 ans, tu as donc intégré l’Infanterie de marine après avoir
passé avec succès des tests de sélection…et quand je dis marine c’est un m minuscule pour ne pas confondre avec Le corps de Marine (avec un M majuscule) ; Corps de Marine dans lequel
on entre peut-être moins facilement.
Mais rapidement tu as dû renoncer à une carrière militaire pour quelques
problèmes de dos. Tu es donc revenu en zone libre sans que Marguerite n’annonce ton retour.
Après t’être rétabli, tu as réussi le concours d’entrée dans la
gendarmerie et intégré l’école de gendarmerie Montluçon. Aujourd’hui tu es affecté dans un PSIG près de Bourges.
Alors on se demande si tu as été influencé par les gendarmes de
Saint-Tropez…ou si la proximité des bonnes sœurs avec les célèbres gendarmes a suscité chez toi une secrète stimulation.
Les poulaillers s’étendent parfois de manière insolite. Citons la
poule…de Bresse qui se trouve aujourd’hui flanqué de deux poulets en guise de gendre.
Parfois il m’arrive d’imaginer la tournure qu’aurait
pu prendre certaines interventions dont tu nous as parlé.
Ainsi, au cours de l’une d’elles, tu as dû quitter précipitamment la
voiture bleue pour courir, à toutes jambes, à travers champs et plaquer au sol un homme qui n’avait pas obtempéré à tes ordres. Je t’imaginais courir, avec en fond sonore la musique du film
Le Professionnel (oeuvre recyclée pour la publicité de Royal Canin). Tout en posant une
main sur ta ceinture tu vérifies que ton pantalon repassé avec Fabulon et enfilé à la hâte ne tombe sur tes chaussures que tu aurais cirées par mégarde avec du dentifrice car la
veille après avoir arrêté un mac au cours d’une intervention tu t’étais finalement assoupi le soir sur ton mac…d’ordinateur et le désordre avait pris le dessus sur l’homme d’ordre.
Je ne savais pas après quoi tu courais ; maintenant, je le
sais.
Bien que n’étant pas qualifié pour formuler des conseils en la
matière, je me permettrais seulement de t’inviter à faire un usage modéré de la gâchette. On sait où cela a conduit…Dominique Strauss Kahn.
DSK, qui sans doute jaloux du succès d’Anne
Sinclair - célèbre présentatrice de feu l’émission 7/7 - a voulu rivaliser avec elle
en faisant des ravages dans le sexe sur sexe.
Je formulerai une deuxième mise en garde.
Surtout, fais en sorte de ne pas être obligé un jour, au chant du coq,
d’appeler tes collègues poulets en catastrophe pour t’enlever les menottes qu’une fille coquine t’aurait passées après que tu les aies négligemment laissé traîner.
J’imagine déjà les titres dans la presse : du croustillant à la caserne : le gendarme victime du chant d’une sirène.
Il t’arrive de réaliser des interventions musclées dans une tenue
carnavalesque avec le visage masqué par une cagoule pour pénétrer de manière tonitruante au domicile de grands délinquants. Mais d’autres missions telles que certains contrôles routiers peuvent
prêter à sourire. Ainsi en une semaine, tu as arrêté le père d’un commandant de pompier, un policier, un militaire…alors si vous vous arrêtez entre vous….
Finalement, pour reprendre une expression populaire on dira que
tu as bien tourné.
Mais tu reviens de loin car tu aurais pu être inscrit au fichier des
voleurs.
En effet, un jour, devant te rendre à Vienne et n’ayant pas ta voiture,
tu
as tout simplement emprunté la voiture de ton oncle
Laurent sans le lui demander. Le malheureux propriétaire effaré par l’absence de son véhicule avait dû déposer plainte à la gendarmerie de Vienne avant de découvrir la réalité des
faits et la légèreté de son neveu.
Tu n’es pas en reste avec le vol …aérien cette fois.
Il y a deux ans en plein été tu avais dû quitter le lieu de vacances plus
tôt.
Tu avais donc pris l’avion pour rentrer de la côte Atlantique.
Mais à l’aéroport de Bordeaux, ton retour faillit capoter. Tu
n’étais pas encore à bord de l’avion et je pressentis qu’il se passait quelque chose. La situation eut pu être plus grave avec le scénario suivant : toi assis dans l’avion encore
immobilisé sur le tarmac, les moteurs éteints. La tranquillité des passagers est soudain troublée par l’arrivée de quelques hommes s’adressant à toi.
- FBI, veuillez nous suivre s’il vous plaît.
- Que se passe-t-il ?
- La police veut vous interroger au sujet d’un incident dans un hôtel.
Non rien de cela. C’est au contrôle avant d’embarquer qu’un couteau à
cran d’arrêt t’avait été retiré.
Finalement, l’avion s’ébranla et mon regard se posa sur une
pancarte où je lis : DSK double saucisse Kasher. Tandis que le petit oiseau dans les airs était au 7ème ciel. Mon téléphone
vibra : Sophie tel.
Ce soir, 20 ans jour pour jour après ta naissance, nous constatons que
ton casier est déjà bien chargé.
Pour l’avenir, nous te souhaitons une longue carrière dans la voie que tu
as choisie même si nous éviterons parfois de croiser ta route.
Avec ta maman, ta sœur, ton frère, ta famille et tes amis, nous te
souhaitons un joyeux anniversaire.
Et continue à faire en sorte que nous
soyons toujours Morgan de toi.
Texte publié dans sa version originale. Certains éléments peuvent échapper au lecteur qui ne dispose pas de toutes les données du
contexte.
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